Jean-Pierre Beltoise en 1965, installé dans sa Formule 3. Il a 28 ans, il en paraît 15, mais c'est déjà un redoutable pilote. Avant de débarquer en monoplace l'année précédente, il a conquis 11 titres de champion de France de moto. (copyright archives AgrippA mediA /// archives Famille Beltoise)

Jean-Pierre Beltoise en 1965, installé dans sa Formule 3. Il a 28 ans, il en paraît 15, mais c'est déjà un redoutable pilote. Avant de débarquer en monoplace l'année précédente, il a conquis 11 titres de champion de France de moto.
(copyright archives AgrippA mediA /// archives Famille Beltoise)

JEAN-PIERRE BELTOISE
PASSÉ, PRÉSENT

JEAN-PIERRE BELTOISE S’EST ÉTEINT HIER À LA SUITE D’UN ACCIDENT VASCULAIRE CÉRÉBRALE. IL AVAIT 77 ANS. IL LAISSE UNE TRACE LONGUE ET INDÉLÉBILE SUR LE SPORT AUTOMOBILE FRANÇAIS.

Il m’a demandé de boucler ma ceinture –la sienne pendouillait sans l’être, puis il a passé la première et lâché sa BX GTi 16S (c’était il y a 26 ans…) dans la circulation parisienne. « Lâché » est vraiment le mot puisque, de notre départ de la rue des Italiens à Paris, siège de la rédaction du magazine Auto Plus auquel Jean-Pierre et moi collaborions, lui comme guest star, moi comme apprenti reporter, à notre arrivée à Trappes, en banlieue, où il avait son circuit et les bureaux de son école « Conduire Juste », nous ne nous sommes jamais arrêtés. Une sacrée performance à cette heure de pointe ! Une performance réalisée en prenant, il faut bien le dire, quelque liberté avec le code de la route. Jean-Pierre avait une raison ce jour-là pour rouler à « allure soutenue » : nous étions pressés. Mais je découvris par la suite qu’il n’était besoin qu’il le soit pour que les ronds points se prennent par la droite comme par la gauche, que les feux tricolores perdent toute couleur, que les sens ne soient plus, ni uniques, ni interdits, et que l’injonction « stop » peinte sur les panneaux ne concerne que les piétons. Et quand un sifflet coiffé d’un képi venait interrompre la navigation à flot continue de cet exceptionnel équilibriste, la halte ne durait jamais très longtemps : Jean-Pierre repartait sitôt son visage ou son nom reconnu sur le permis présenté. Indulgences d’un autre temps pour un pilote resté au firmament…

Voyager avec Jean-Pierre permettait de voyager dans le temps. Une bouteille d’eau minérale posée sur la jambe, un genou calé sous le volant quand il avait besoin de ses mains pour prendre des notes si le téléphone sonnait, il commentait l’actualité, racontait sa carrière, parlait sport auto et, si vous le questionniez, pouvait vous détailler comme s’il était descendu de son cockpit la veille, les raisons des victoires comme celles des défaites qui avaient marqué sa très longue carrière.

Jean-Pierre Beltoise a occupé les pistes et les podiums pendant quasiment cinq décennies. Il est de ces pilotes d’un autre temps, lancé en piste dans les années cinquante quand il enfourche pour la première fois sa moto pour courir (en 1958, il a alors 21 ans) ; puis, succès conquis, il passe de la selle au baquet avec un égal talent. Par chance ou par habileté volant en mains, miraculé quand d’autres se tuaient en piste (comme François Cevert, son ami, frère de son épouse Jacqueline), il a quand même payé sa passion d’un bras gauche endommagé à la suite d’un accident au 12 Heures de Reims en juillet 1964, demandant au chirurgien de lui souder les os du coude pour qu’il puisse continuer à tenir un volant. Folie ? Pugnacité ? Ambition ? Inconscience ? Un peu de tout à la fois, mais surtout un amour irraisonné, compulsif, de la course automobile qui le tiendra éveillé au pilotage jusqu’à presque soixante ans. Que retenir en particulier ? Ses 11 titres de champion de France de moto ? Ses 22 podiums en Formule 2 (dont 5 victoires) ? Ses 13 années de carrière en Grand Prix couronnées par sa fabuleuse victoire à Monaco en 1972 ? Une victoire, au talent, évidemment, mais aussi à l’intelligence : avant le départ, Jean-Pierre avait fait démonter les butées de braquage de la direction de sa BRM afin de tourner plus serré. Il gagnait ainsi quelques centimètres dans chaque virage et pouvait doubler à la corde lors de ce Grand Prix couru sous la pluie. Ça c’était pour la piste. Et en dehors ? Sa faconde, son amour de la vie, de la bonne vie, sa permanente capacité à lancer de beaux projets, à se réinventer, à regarder ses deux fils, Anthony et Julien, porter brillamment son nom, dans la vie comme derrière un volant, à voir se développer son circuit de la Genetouze en Charente Maritime, à continuer à « conduire juste », à être ou ne pas être, à jamais –on ne prête qu’aux riches…- le pilote de Claude Lelouch dans le plan-séquence dans Paris « C’était un rendez-vous ». Tout cela, c’est Jean-Pierre Beltoise, dont il va être désormais difficile de parler au passé.

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