La vente aux enchères ou quand une opération commerciale devient du théâtre. Ici la spectaculaire vente de la Ferrari 250 GT Spyder California de la collection Baillon par Artcurial le 6 février dernier à Paris : 16,3 millions d’euros frais compris pour l’acheteur. Impensable il y a encore quelques courts mois. Et ce n’est pas fini. (copyright archives AgrippA mediA /// Rémi Dargegen – Artcurial Motorcars)

La vente aux enchères ou quand une opération commerciale devient du théâtre. Ici la spectaculaire vente de la Ferrari 250 GT Spyder California de la collection Baillon par Artcurial le 6 février dernier à Paris : 16,3 millions d’euros frais compris pour l’acheteur. Impensable il y a encore quelques courts mois. Et ce n’est pas fini.
(copyright archives AgrippA mediA /// Rémi Dargegen – Artcurial Motorcars)

VENTES AUX ENCHÈRES :
LES RAISONS DE LA FLAMBÉE

APRÈS LES SUCCÈS ÉTOURDISSANTS DES VENTES PARISIENNES DE DÉBUT FÉVRIER, LES PROCHAINES VACATIONS INTERNATIONALES DOIVENT ÊTRE SUIVIES À LA LOUPE POUR SAVOIR SI LES HAUSSES –PARFOIS VERTIGINEUSES- SE CONFIRMENT…

Les prix faramineux atteint sous le marteau par les voitures en ce début d’année laissent perplexes les collectionneurs. Les spéculateurs, eux, se frottent les mains, mais transpirent un peu en se demandant si la tendance de cette hausse est structurelle ou si nous vivons une bulle comme celle de la fin des années quatre-vingt. Bulle dont le gonflement autant que l’explosion ne sont contrôlables par personne.

Alors, rattrapage de certains retards de valeurs ou feu de paille ? Hoquet du marché ou vraie croissance ? Analysons ces hausses, leurs causes et leurs conséquences.

 

Un marché qui a des couleurs

Rétromobile 2015 a enregistré un succès sans précédent. L'exposition des voitures de la collection Baillon est l'un des facteurs qui ont dopé sa fréquentation.(copyright archives AgrippA mediA /// archives Rétromobile)Malgré la crise, l’univers de la voiture de collection ne s’est jamais aussi bien porté. Il existe de plus en plus de collectionneurs, pour les modèles populaires comme pour les voitures les plus exclusives. Indicateurs de cet engouement : la multiplication des clubs et l’engorgement des ateliers des spécialistes –dix-huit mois d’attente pour une restauration est désormais un délai courant. Mathématiquement, même si le nombre d’amateurs de modèles populaires croit beaucoup, le nombre de voitures produites est si important qu’il limite mécaniquement l’envolée des prix. L’offre –ou les voitures potentiellement accessibles- sera toujours supérieure à la demande.
Cependant, plus l’on monte en gamme, plus le phénomène s’inverse. Ainsi, les modèles des marques d’exceptions à la production très limitée, voient-ils leurs prix s’envoler puisqu’il y a plus d’acheteurs que de vendeurs ou de voitures disponibles.

 

Des acheteurs décomplexés

vente-004« Collectionner les voitures ? Quelle idée ! Et pourquoi pas les conduire vous-même pendant que vous y êtes !? ». Telle est la réponse que fit un jour le roi de Suède Gustaf V à son petit-fils, le prince Bertil, qui s’ouvrait à lui de sa passion pour l’automobile.
Il fut un temps ou rouler en voiture ancienne était un signe pauvreté. Et où en avoir plusieurs dans son garage était du dernier vulgaire. Fréquenter les casses automobiles pour sauver des Hispano, des Aston Martin ou des Ferrari ne se faisait qu’en cachette de ses voisins et nuitamment. Quant à plonger les mains dans le huit cylindre de sa Bugatti… L’on ne s’ennoblissait qu’à collectionner les arts majeurs (peinture, sculpture) et à condition que les œuvres soient pré-impressionnistes. Ces temps ont heureusement changé. Le Guggenheim de New York a fait entrer l’automobile dans ses collections en 1972 (Cisitalia 202). Et la France a depuis exposé les perles rares de Ralph Lauren au Musée des Arts Décoratifs. La collection Schlumpf à Mulhouse est devenue un « Musée National ». Sauver des automobiles de la destruction, les restaurer et les utiliser est une passion très « comme il faut ». Voire même furieusement « tendance ». L’aveu d’un amour mécanique fait briller les yeux dans une société des villes où l’automobile accusée de tous les maux n’est plus la bienvenue.
Petites et grandes fortunes n’ont donc plus d’inhibition à vivre leur coupable passion. Ce grand patron français du CAC 40 sourit à ce changement de mentalités : « Autrefois, quand j’arrivais en réunion avec une trace noir sur la main, on pensait à une tache de cirage. Aujourd’hui, mes collaborateurs savent que c’est parce que je suis descendu au parking mettre les mains sous la capot d’une de mes anglaises, assez caractérielles… ». Inconvénient : quand les puissants collectionnent, les prix montent…

 

L’automobile est devenue un objet d’art

20150115 16 RM ARIZONA Catalogue COUV ROGNEEAu « sommet de l’évolution » de l’automobile de collection, les lois précédemment citées n’ont plus cours. La machine  s’emballe, les prix explosent. Il est par exemple aujourd’hui impossible de fixer une cote (inutile de préciser « haute » puisqu’il n’y en a pas de basse…) pour la Bugatti Atlantic : trois voitures existent et une dizaine des collectionneurs les plus riches de la planète avouent ne pas savoir jusqu’où ils iraient si un exemplaire était mis en vente. Les capacités financières de ces hommes qui figurent dans le top 100 des plus grandes fortunes mondiales sont telles que les chiffres, même les plus surréalistes, ne sont plus improbables. L’automobile a, ces dernières décennies, accédé au rang d’objet d’art. Que vais-je m’offrir : une Atlantic ou un Monet majeur (y en a-t-il de mineurs…) ? Tel est le dilemme auquel ces collectionneurs sont confrontés. Ils décident d’ailleurs parfois de ne pas choisir. Pour éviter les insomnies, ils remplacent le « ou » par le « et »… Quand ils veulent une voiture –une œuvre, ils ne sont pas limités par leur pouvoir d’achat mais par la disponibilité de l’objet. Et ce qui vaut pour la Bugatti Atlantic vaut pour quelques Ferrari de course. Ainsi, parmi les 39 Ferrari GTO produites, cotées à minima 25 millions d’euros, certaines pourraient dépasser allègrement les 30 millions, voire 35, compte tenu de leur palmarès. Quant aux Ferrari 250 GT Spyder California châssis court comme celle vendue à Rétromobile par Artcurial, le maximum n’est pas atteint (lisez notre sujet « Ferrari 250 GT California, dix ans d’ascension »)… Les 16,3 millions payés par l’acquéreur seront bientôt dépassés.

 

Des marques redécouvertes

20150206 ARTCURIAL RETROMOBILE MASERATI 3500 GT SPIDER BLANCQuelques cotes ont par ailleurs explosé au cours de ces derniers mois pour une toute autre raison : un retour en grâce. C’est le cas des modèles des marques américaines qui, sur leur sol, voient leurs tarifs s’envoler. Après avoir contribué à faire flamber les prix des modèles européens ces dernières années, les Américains découvrent que leurs collections méritent de sortir du cercle habituel des AC Cobra, Ford GT40, Duesenberg, Stutz, Packard, Cord, Thunderbird, Corvette, Mustang, dans lequel elles tournaient en rond. Les « muscle cars », ces voitures populaires à très gros moteurs, atteignent désormais dans leurs versions exclusives ou pour les exemplaires de début de séries, des enchères à sept chiffres (Chevrolet Camaro ZL1 et Chevelle SS, Dodge Daytona, Hemi Cuda,…).
Autre renaissance au sommet de la cote, celle de Maserati. La relance de la marque par le groupe Fiat, qui l’a sortie du giron asphyxiant de Ferrari, redonne de belles couleurs au Trident. Et c’est en toute logique que les Maserati 3500, en particulier les Spyder Vignale, ou les Ghibli, ont vu ces derniers mois leurs cotes être multipliées par deux ou par trois. Les chiffres atteints par deux 3500 GT Spyders de la vente Artcurial (plus de 800 000 euros), ne sont pas des maximums. Attention cependant à l’illusion qui pourrait en naître. S’il est logique que le prestige mécanique et esthétique, la rareté, soient enfin récompensées et que des « rattrapages de cote » existent, il ne suffit pas qu’une carrosserie porte un Trident pour qu’immédiatement sa valeur suive la même courbe ascendante…

 

La folle ivresse des enchères

011-1Il est très facile de se laisser emporter par la tragédie grecque des ventes aux enchères. L’ambiance électrique (hypnotique) d’une salle des ventes, la lutte avec d’autres acheteurs (le combat), le pouvoir de séduction (de conviction…) du commissaire priseur et du crieur, l’impossibilité de prendre son temps pour réfléchir une fois ouvertes les enchères sur le lot (quelques minutes pour aller au bout de l’acte), acheter en salle des ventes impose d’être très maître de soi, de garder la tête (et la main !) froide, de ne pas déroger aux limites que l’on s’est fixées avant d’entrer dans la salle.
Combien d’acheteurs regrettent, un peu tard, d’être le dernier enchérisseur… Sans parler du moment tragique où, sans plus aucune mise en scène, sans musique de fond, sans la foule, sans les projecteurs braqués sur soi au moment du « adjugé vendu à Monsieur… », l’on se retrouve seul dans son garage face à « la chose » que vient de déposer le transporteur… « Et maintenant, j’en fais quoi ? » sera sans doute la phrase le plus souvent prononcée par les acquéreurs des épaves de la collection Baillon dispersée à Rétromobile. Certaines voitures dans un état de ruine total, rongées de corrosion perforante, se sont envolées à des prix supérieurs à ce que l’on paye pour le même modèle en bel état d’origine. Les acheteurs inconscients, mal conseillés par des restaurateurs qui ont failli à leur devoir de conseil, ou qui ont justement oublié de venir voir la voiture avec un home de l’art, auront des réveils dignes de lendemain de réveillon… Que faire en effet d’une voiture ravagée, achetée plus chère que sa jumelle en état de rouler, et dont la restauration (la reconstruction…) coûtera à elle-seule plus que la valeur de l’auto une fois terminée ? Si l’on a encore de l’argent de côté, on peut aller au bout du sacrifice et faire exécuter les travaux de remise en état. Le résultat racontera une belle histoire. Plus souvent, ne restent que deux alternatives : ne rien toucher et transformer l’auto en sculpture d’art brut, ou s’en débarrasser en la revendant au vrai prix du marché, c’est à dire deux ou trois fois moins cher que ce qu’on l’a payée…

 

LES PROCHAINES VENTES AUX ENCHÈRES
EN FÉVRIER ET MARS :

 

FÉVRIER

.25 février, H&H Buxton Pavilion Gardens (GB)

 

MARS

.12 mars, Bonhams Amelia Island (USA)

.13 mars, Gooding and Co Amelia Island (USA)

.14 mars, RM Auctions Amelia Island (USA)

.15 mars, Osenat Moret-sur-Loing (F)

.28 mars, Bonhams Stuttgart (D)

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