Alfieri Maserati au volant d’une Diatto Tipo 30 Grand Prix 8 cylindres deux litres à compresseur, modèle qui sera exploité en 1924 et 1925 …et un peu après ! (copyright archives AgrippA mediA - Fonds Montén / archives Diatto SpA)

Alfieri Maserati au volant d’une Diatto Tipo 30 Grand Prix 8 cylindres deux litres à compresseur, modèle qui sera exploité en 1924 et 1925 …et un peu après !
(copyright archives AgrippA mediA - Fonds Montén / archives Diatto SpA)


Diego de Sterlich au volant d’une Maserati Tipo 26 8 cylindres 1500 cm3 à compresseur, premier modèle à porter le Trident. Beaucoup de similitudes avec la Diatto, et pour cause… (copyright archives AgrippA mediA - Fonds Montén / Diatto SpA)

Diego de Sterlich au volant d’une Maserati Tipo 26 8 cylindres 1500 cm3 à compresseur, premier modèle à porter le Trident. Beaucoup de similitudes avec la Diatto, et pour cause…
(copyright archives AgrippA mediA - Fonds Montén / Diatto SpA)


DE DIATTO À MASERATI :
LES ORIGINES DU TRIDENT

LA VIE DE MASERATI N’A PAS ÉTÉ UN LONG FLEUVE TRANQUILLE. DEPUIS 1914, LE TRIDENT A ÉTÉ BALLOTÉ, MALMENÉ, PARFOIS RAVAGÉ PAR DES CRISES QUI NE L’ONT POURTANT JAMAIS VAINCU. AINSI S’ÉCRIVENT LES GRANDS DESTINS.
LA PÉRIODE LA MOINS CONNUE, LA PLUS TROUBLE, DE L’HISTOIRE DE LA MARQUE EST CELLE DU MILIEU DES ANNÉES VINGT QUAND DEUX DES FRÈRES MASERATI, QUI TRAVAILLAIENT JUSQU’ALORS CHEZ DIATTO, METTENT LEUR NOM SUR LEUR PREMIÈRE VOITURE. BEAUCOUP DE MYSTÈRES ENTOURENT LEURS DÉBUTS.
PEUT-ÊTRE, CERTAINS D’ENTRE VOUS CONTRIBUERONT-ILS À LES LEVER ?
À VOS ARCHIVES !

Il s’appelait Coda, Giuseppe Coda. Les livres d’histoire ne se souviennent guère de cet homme et vous aurez beaucoup de chance si vous trouvez une image de lui. Si son nom n’a guère creusé de sillon dans nos mémoires, ses apports à l’industrie automobile en revanche sont immenses, tant sur le plan mécanique qu’aérodynamique –sa discipline de prédilection.

Coda était un génie. C’est Ernesto Maserati qui le dit à l’époque où, en compagnie de son frère Alfieri, il travaille sous la houlette de cet exceptionnel ingegnere chez le constructeur italien Diatto dont Coda est le directeur technique.

Diatto, Coda, sans eux, l’histoire de Maserati ne se serait pas écrite de la même manière. Peut-être ne se serait-elle d’ailleurs pas écrite du tout. Car Diatto, c’est la préhistoire de Maserati. Et Giuseppe Coda, le mentor d’Alfieri et Ernesto Maserati.

 

DIATTO, RUINÉ PAR L’ÉTAT ITALIEN

 

Au début du XXe siècle, Diatto est une entreprise d’ingénierie italienne florissante (carrosses, remorques, locomotives, roues,…). Sa branche automobile créée en 1905 produit des modèles de luxe et de course qui collectionnent les honneurs. Alfieri Maserati est engagé par Diatto comme pilote officiel en 1922. C’est à cette occasion qu’il fait la rencontre de l’ingegnere Coda qui vient d’être nommé directeur technique de la marque. Après avoir collaboré avec de grands noms de l’automobile et de l’aéronautique comme Hispano-Suiza, Fiat, Isotta, Coda s’était installé à son compte dans un petit atelier de Turin. Une société de « recherche et développement », dirait-on aujourd’hui. Mais à l’époque, pas d’ordinateur : seulement une planche à dessin et quelques machines-outils. C’est là qu’il a conçu un quatre cylindres en ligne simple arbre à cames en tête qui a attiré l’attention de Diatto. Non seulement la marque lui a acheté son projet, mais l’a également engagé pour diriger le bureau d’étude.

Alfieri Maserati trouve en Coda à la fois un ainé (en 1922, Coda a 39 ans, Alfieri Maserati 35), un mentor (Coda est l’un des ingénieurs les plus respectés du monde de l’automobile) et peu à peu un ami –même si, nous disent les archives Diatto, il l’appelait respectueusement « il mio maestro » (« mon maître »).

Coda, lui, trouve en ce collaborateur presque de son âge, une communauté de pensée (ils sont tous les deux ingénieurs), un infatigable chasseur de performance et de fiabilité, et un éternel insatisfait. Tout les rapproche. Et si Giuseppe surpasse Alfieri au niveau technique du fait de sa très riche expérience, ce dernier compense peu à peu ses faiblesses par son inextinguible soif d’apprendre et apporte à leur collaboration son talent de pilote.

 

DES CERVEAUX ET DES VICTOIRES

 

Ce que ces deux cerveaux brillants produisent, Alfieri puis à ses côtés Ernesto Maserati, en démontrent la valeur sur la route. De 1922 à 1924, la véritable symbiose dans laquelle travaillent Coda et les deux frères Maserati porte Diatto en tête de toutes les grandes courses qui comptent en Italie, et souvent au-delà. Mais la firme va mal. Pendant le premier conflit mondial, elle a fourni à l’armée italienne beaucoup de matériel, notamment des camions légers. Hélas, les factures n’ont pas été réglées par l’administration. Converties en obligations, elles ne seront pas plus honorées et Diatto est en 1924 au bord de la cessation de paiement. Le constructeur abandonne peu à peu ses engagements en compétition, n’investit plus dans le développement des voitures de course. Coda quitte l’entreprise pour rejoindre Citroën. Cet événement va pousser Alfieri et Ernesto Maserati à travailler sur leurs propres projets.

Dès 1925, tout en poursuivant leur collaboration avec Diatto, ils commencent à plancher sur des moteurs de leur conception, du moins des évolutions des blocs Diatto qu’ils installent dans différents châssis. Initié par Coda qui les a poussés à travailler cet axe technique, ils prolongent la mise au point du Diatto Tipo 8C, un 8 cylindres en ligne double arbre à cames en aluminium de 1995 cm3 à compresseur, qui gagne aussi bien installé dans des châssis Bugatti (grâce au financement de leur ami le pilote et mécène Diego de Sterlich) que dans la Diatto de Grand Prix. A la fin de l’année, ils décident de mettre fin à leur relation avec Diatto qui veut liquider son département compétition. Le marquis De Sterlich, va alors accélérer leur destin.

 

DE STERLICH, L’AUTRE PÈRE DE MASERATI

 

Le généreux aristocrate (il va passer sa vie à distribuer sa fortune, jusqu’à la ruine volontaire) rachète à Diatto dix châssis Tipo 30 Sport avec moteurs et boîtes de vitesses (ainsi que le montrent les archives de Diatto SpA), et les offre à ses amis en y mettant une condition : il ne veut pas d’argent, mais souhaite qu’ils créent leur propre marque, projet auquel il apporte également des fonds. Les frères Maserati savent que pareille opportunité ne se représentera pas.

Alfieri et Ernesto se mettent alors au travail et, sur la base de cette Diatto Tipo 30 à moteur 8 cylindres double arbre de 1995 cm3 à compresseur, créent leur première voiture : la Maserati Tipo 26, équipée d’un 8 cylindres double arbre à compresseur mais de 1500 cm3 seulement. La voiture portant le numéro de série 11 (« 11 » pour 1ère année, exemplaire n°1) sort des ateliers au printemps 1926. La première pierre de l’édifice est posée.

Pour aller en quelques semaines seulement de la Diatto Tipo 30 à la Maserati Tipo 26, quelles modifications apportent-ils aux châssis et aux moteurs ? Difficile à affirmer à bientôt quatre-vingt-dix ans d’écart. D’autant qu’on ne connaît aujourd’hui qu’une seule Diatto de Grand Prix survivante, tandis qu’aucune Maserati Tipo 26 de la première série n’a, à ce jour, été retrouvée.

Histoire à suivre…

 

REMERCIEMENTS :
Nos remerciements à la société Diatto SpA pour les informations et documents contenus dans ses archives, archives sans lesquelles la tentative de reconstitution de cette histoire ancienne et compliquée n’aurait pas été possible –même s’il subsiste encore de nombreuses zones d’ombre !

 

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