Au début des années quatre-vingt, les spéculateurs américains et japonais fondent sur l’Italie et achètent des Ferrari à tours de bras. Fabrizio Violati entre dans la bataille par amour de la marque autant que par patriotisme et « sauve » des autos majeures. ‘’Vous avez eu raison de ne pas les laisser partir, merci de l’avoir fait à ma place’’, lui dira Enzo Ferrari. (copyright archives AgrippA-mediA /// D.R.)

Au début des années quatre-vingt, les spéculateurs américains et japonais fondent sur l’Italie et achètent des Ferrari à tours de bras. Fabrizio Violati entre dans la bataille par amour de la marque autant que par patriotisme et « sauve » des autos majeures. ‘’Vous avez eu raison de ne pas les laisser partir, merci de l’avoir fait à ma place’’, lui dira Enzo Ferrari.
(copyright archives AgrippA-mediA /// D.R.)

IL Y A UN AN,
DISPARAISSAIT LA COLLECTION VIOLATI

IL Y A UN AN DISPARAISSAIT LA PLUS ANCIENNE, LA PLUS BELLE, LA PLUS PRESTIGIEUSE COLLECTION FERRARI DU MONDE. CELLE DE FABRIZIO VIOLATI, DISPERSÉE AUX ENCHÈRES PAR DES HÉRITIERS QUI NE POUVAIENT PAS S'ENTENDRE. TRISTE ÉPILOGUE POUR L’ŒUVRE DU GENTLEMAN COLLECTIONNEUR QUI NOUS AVAIT QUITTÉ LE 22 FÉVRIER 2010.

Comment écrire au passé sur un homme et une œuvre si marquants ? Difficile de dire que Fabrizio Violati « était » ceci, « avait » ou « faisait » cela. Impossible d’en parler à l’imparfait -dans  tous les sens du terme !- tant il prenait de la place, tant l’empreinte qu’il laisse est belle et profonde. Celle d’un gentleman driver, gentleman team manager, devenu gentleman collectionneur. Le musée Maranello Rosso était l’œuvre de sa vie, une suite de modèles d’exception patiemment réunis puis généreusement offerts aux yeux du public.

Nous l’avions rencontré au début des années 2000 par l’entremise de notre ami commun Jean-Louis Maitron, alors Secrétaire Général du Club Ferrari France. Homme de passion et de mémoire, Fabrizio répondait toujours présent à nos sollicitations ; partageant ses excellents souvenirs autant que ses merveilleuses voitures. Car Maranello Rosso était l’une des plus belles collections Ferrari du monde ; titre qu’elle disputait à celle de Pierre Bardinon, garée à l’abri des regards sur le circuit du Mas du Clos près d’Aubusson.

Rien ne destinait cet aristocrate italien à accomplir une telle œuvre -car Maranello Rosso en était une. Avant les années 70, Fabrizio ne collectionnait pas : il utilisait. Puis la crise du pétrole le mit face à des responsabilités quasi « patriotiques »…

 

TOUT A COMMENCÉ PAR UNE GTO

 

« Je ne possédais alors qu’une Ferrari, une 250 GTO, achetée en 1965, qui suffisait à mon bonheur. », nous expliqua-t-il un jour. « Mais la crise du pétrole est arrivée: flambée des prix, restrictions sur l’essence, menaces sur le sport automobile. Le prix des voitures de sport s’est effondré. Plus personne n’en voulait, surtout pas quand c’était des modèles de compétition. Des émissaires mandatés par des Américains ou Japonais ont fondu sur l’Italie, carnet de chèques à la main. Les Ferrari s’en allaient par pleins bateaux. Je ne pouvais quand même pas laisser mon pays se défaire de son patrimoine automobile ! Alors, je suis entré dans la course. À l’époque, je gérais une concession automobile à Rome. Cette fonction m’accordait deux facilités : un sous-sol pour stocker mes voitures et une plaque d’immatriculation provisoire pour les déplacer. Quand ils trouvaient une Ferrari, les émissaires devaient d’abord envoyer sa photo à leur patron. Moi, je pouvais conclure immédiatement l’affaire et la ramener sur le champ à Rome grâce à ma plaque provisoire. Je les ai souvent pris de vitesse, sans avoir besoin de surenchérir : voilà comment, de 1973 à 1978, j’ai constitué l’essentiel de ma collection ».

Longtemps, comme celle de Pierre Bardinon, la collection Violati ne fut connue que des initiés. Mais à l’inverse des trésors du Mas du Clos qui restèrent interdits au public, ceux de Fabrizio quittèrent leur sous-sol romain pour venir à la lumière du jour en 1990, lorsque la Principauté de San Marin lui proposa un lieu pour exposer son trésor. La collection trouva finalement son nid dans un bâtiment moderne construit dans la zone commerciale de la principauté. À l’intérieur, aux côtés des Ferrari, Fabrizio installa 38 Abarth –son autre passion, l’une des quatre plus belles suites de cette marque visibles au monde.

 

LES 250 EN MAJESTÉ

 

Le cœur de la collection était constitué par la série des Ferrari 250 : dix modèles différents, de la 250 Mille Miglia 1953 à la 250 GT Lusso née dix ans plus tard. Plus une 250 GT Pininfarina Spéciale (châssis n° 2825). Violati considérait cette décennie comme l’âge d’or de Ferrari. Mais si Fabrizio affirmait n’avoir pas été destiné à une telle entreprise, il y était sans doute… prédestiné !

« D’abord, j’ai eu la chance d’assister à la première victoire de Ferrari, à Rome, en 1947. J’avais 12 ans. Tout le public était pour Alfa Romeo, fierté de l’Italie. Pas moi. J’avais le chant du 12 cylindres Ferrari dans les oreilles. Ensuite, j’ai découvert la GTO en 1963 dans des conditions de rêve. J’étais en voyage de noces à Monaco au moment où était jugée l’arrivée du Tour de France Automobile. Et j’ai vu la GTO de Guichet-Noblet entrer victorieuse en Principauté. J’ai encore cette musique dans les oreilles… »

Ancien champion d’Italie de courses de Vespa, sport national à l’époque, Fabrizio Violati se croyait pourtant rangé des voitures après un grave accident survenu trois ans plus tôt : « Je procédais sur le circuit de Vallelunga à des essais de roulage sur l’Abarth 750 Zagato avec laquelle je courais en course de côte. Je tournais à ma main, sans même avoir mis de casque. Un pilote a cassé son moteur devant moi, son huile s’est répandue sur la piste. Je suis sorti dans l’herbe, ai été éjecté. Ma tête a heurté une buse d’évacuation en ciment ». Cette fracture du crâne valu à Fabrizio six mois d’hôpital et un veto de son père. Plus question de sport automobile, place aux études et à la gestion des affaires familiales : eaux minérales (Ferrarelle), vignobles et huile à San Gemini.

Mais la GTO croisée à Monaco vint ranimer une passion, qui longtemps après, ne s’était pas éteinte : « J’ai commencé à en chercher une, mais sans disposer de la somme requise. Vu leur faible production (39 voitures), les GTO étaient rares sur le marché de l’occasion. Je suis quand même allé l’essayer deux fois à Modène. Je me rappelle de Gianni Diena, le mécanicien de Ferrari, ouvrant le bouchon du réservoir et plongeant l’avant-bras pour vérifier le niveau d’essence. Il se méfiait des indications fournies par la jauge… En 1965, j’ai su qu’Ernest Prinoth vendait la GTO au volant de laquelle il avait été sacré champion d’Italie de courses de côtes. Il se lançait dans la fabrication de chasse-neige. Il avait besoin de liquidités. Le prix demandé, 3,5 millions de lires, était trop élevé pour moi. Six mois plus tard, son annonce était toujours dans les journaux, preuve qu’il n’avait pas trouvé preneur. Alors, je lui ai téléphoné, en lui disant que je n’avais que 2,5 millions de lires. ‘’Venez quand même, m’a-t-il répondu. Si vous voulez vraiment ma GTO, on trouvera toujours un moyen de se mettre d’accord’’. J’y suis allé. Et l’ai payée bien moins que le prix initial. Je la gardais loin de mon domicile, afin que ma famille n’en sache rien. Je la sortais le soir, sur un parcours où j’avais l’habitude de rouler en Alfa GTA. Mais avec la GTO, j’entrais dans un autre monde. Sa vitesse de passage en courbe était phénoménale. J’ai failli la vendre quelques années plus tard pour acheter une Daytona. Au dernier moment, je me suis ravisé. Je l’aimais trop. ».

 

AVEC LA VENTE DE LA GTO, LE RIDEAU TOMBE SUR LA COLLECTION

 

Aucune autre GTO ne resta aussi longtemps dans les mêmes mains. Au volant de « 3851 » qu’il menait avec talent, Fabrizio remporta le championnat d’Europe des voitures historiques en 1985. Elle était la clef de voûte d’une collection qui balayait l’histoire de la marque de la 195 S (1951) à la F40 (1987). L’histoire de Ferrari avait continué depuis. La collection Violati s’était arrêtée là. Pour un amoureux du Cavallino, le musée Manarello Rosso était le plus bel endroit du monde. Il aurait pu le rester malgré la disparition de son fondateur. Mais la valeur des trésors réunis entre ces murs attirait trop de convoitise.

Sentant la menace, d’importants collectionneurs, attachés à ce qui avait été construit ici, avaient proposé de reprendre le flambeau, de poursuivre l’œuvre. Malgré les offres –extrêmement élevées- faites, ils n’avaient pas été écoutés. Et les 14 et 15 août 2014, dans le cadre de la « Monterey Week of Speed », dix voitures de la collection étaient passées aux enchères sous le marteau de Bonhams lors de la vente de Quail Lodge. En haut de la liste, la 250 GTO châssis 3581GT, la première et la plus belle pièce de la collection. Rideau sur Maranello Rosso. Triste fin.

Fabrizio Violati vivait pour sa passion et ne cessait d’imaginer, de construire, d’oser. Avec l’ami Jean-Louis Maitron, nous avions tous les trois, comme dans des enfants, un projet par mois. Juste avant qu’il ne disparaisse, était née l’idée d’un rallye touristique entre Monaco et San Marin réservé aux Ferrari 250 GT.

Fabrizio parti, son musée démantelé par de mauvais génies, reste ce joli projet que nous essaierons sans doute de mener au bout. Nous appellerons cette balade « La Violati ». Elle verra rouler quelques GTO. Forcément.

 

POUR EN SAVOIR PLUS :

.Le musée Maranello Rosso

.La vente Bonhams de Quail Lodge

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