Moss tenant par le cou Fangio qui vient de remporter devant lui la 8e Course Internationale de l'Eifel le 20 mai 1955 sur le circuit du Nürburgring (copyright archives AgrippA-mediA /// archives Daimler AG)

Moss tenant par le cou Fangio qui vient de remporter devant lui la 8e Course Internationale de l'Eifel le 20 mai 1955 sur le circuit du Nürburgring
(copyright archives AgrippA-mediA /// archives Daimler AG)


22 mai 1955, GP de Monaco "Fangio, ici sur la Mercedes W196 n°2 (je suis sur la n°6), avait un style pur, une économie absolue de gestes sur le volant" (copyright archives AgrippA-mediA /// archives Daimler AG)

22 mai 1955, GP de Monaco "Fangio, ici sur la Mercedes W196 n°2 (je suis sur la n°6), avait un style pur, une économie absolue de gestes sur le volant"
(copyright archives AgrippA-mediA /// archives Daimler AG)


Moss : "En dix ans, je n’ai doublé Manuel que deux fois à la régulière : ici à Aintree lors du Grand Prix de Grande Bretagne. Et je ne suis pas sûr de l’avoir vraiment fait !" (copyright archives AgrippA-mediA /// archives Daimler AG)

Moss : "En dix ans, je n’ai doublé Manuel que deux fois à la régulière : ici à Aintree lors du Grand Prix de Grande Bretagne. Et je ne suis pas sûr de l’avoir vraiment fait !"
(copyright archives AgrippA-mediA /// archives Daimler AG)


"En fin de course, il n'a plus essayé de me doubler. Je crois que l'ordre de Neubauer n'avait rien à voir là-dedans. D'un autre côté, ce jour-là, j'ai vraiment roulé très vite. J'étais porté..." (copyright archives AgrippA-mediA /// archives Daimler AG)

"En fin de course, il n'a plus essayé de me doubler. Je crois que l'ordre de Neubauer n'avait rien à voir là-dedans. D'un autre côté, ce jour-là, j'ai vraiment roulé très vite. J'étais porté..."
(copyright archives AgrippA-mediA /// archives Daimler AG)


Moss : "Je ne lui ai pas posé la question. Cela ne se faisait pas. Et lui ne m'a rien dit. Il est parti avec son secret..." (copyright archives AgrippA-mediA /// archives Daimler AG)

"Je ne lui ai pas posé la question. Cela ne se faisait pas. Et lui ne m'a rien dit. Il est parti avec son secret..."
(copyright archives AgrippA-mediA /// archives Daimler AG)


STIRLING MOSS :
” FANGIO, MON BOURREAU, MON AMI, MON MAÎTRE “

STIRLING MOSS A TENTÉ, DIX SAISONS DURANT, DE BATTRE JUAN MANUEL FANGIO EN GRAND PRIX. SANS SUCCÈS. UN SOIR, SIR STIRLING NOUS A RACONTÉ CET INTERMINABLE DUEL. ET NOUS AVONS DÉCOUVERT À QUEL POINT, LOIN D'ÉPROUVER LA MOINDRE RANCŒUR ENVERS CELUI QUI L’AVAIT PRIVÉ DE TROIS COURONNES MONDIALES, IL ÉTAIT AUTANT RESPECTUEUX QUE FASCINÉ PAR L'ARGENTIN.

“Je devrais lui en vouloir. Il m’a privé de trois titres de champion du monde. Juan-Manuel Fangio, mon ami, mon bourreau, mon maître… Nous nous sommes rencontrés le 17 juillet 1949 à Reims. C’était sa quatrième ou cinquième course en Europe, l’une de mes premières hors de Grande Bretagne. Je n’étais rien, il était déjà tout. À en croire les journaux, IL arrivait des Amériques pour nous apprendre à piloter ! Ces bruits, colportés de paddocks en dîners, ne m’impressionnaient guère. À 19 ans, je n’avais peur de rien et surtout pas des types qui avaient le double de mon âge. Ce qui était son cas.

Ce jour là, il abandonna dans les deux courses au programme. La rumeur était décidément bien exagérée… D’autres week-ends suivirent. Ils ne ressemblèrent en rien à celui-là. Juan gagnait. Avec une régularité de métronome. Je n’apercevais de lui que le cul de sa voiture. Saison après saison, rien ne changea.

En 1955, enfin, Mercedes me donna la chance de mettre fin à ce calvaire en m’engageant pour piloter à ses côtés la même voiture que lui, la meilleure monoplace de l’époque, la W196. Installé dans mon cockpit en attendant le départ de la première séance d’essais de la saison, je souriais de plaisir : les autres pilotes, tous les autres, s’étaient résignés. Moi non : à montures égales, j’allais enfin pouvoir montrer que Fangio n’était pas un surhomme.

Trente minutes après, j’avais perdu mes illusions. Sur une machine qu’il n’avait pas réglée -il n’était pas le meilleur des metteurs au point, sans forcer alors que j’avais piloté comme si ma vie en dépendait, il était une demi-seconde plus rapide que moi. J’étais abasourdi, mais pas en colère : plutôt subjugué, touché par sa grâce. J’avais lâché, au fil de ces quelques tours, tout ce que mon talent -que je croyais immense- et l’énergie que ma jeunesse me permettaient. Comment ce “vieil” homme calme, aux gestes lents et aux yeux clairs, avait-il fait pour me contenir derrière lui ? Un demi-siècle après, je n’en sais toujours rien. Mais de ce jour, j’ai cessé de l’affronter. Je suis devenu contemplatif.

 

IL FAISAIT SEMBLANT DE NE PAS COMPRENDRE LE FRANÇAIS !

 

Au cours des dix saisons que nous avons passées côte à côte sur les grilles de départ du monde entier, je n’ai jamais pu le doubler. Pas une fois. Sa présence m’a coûté 3 titres mondiaux. A trois reprises, en 1955, en 1956 puis en 1957, il fut champion et moi second. Placé dans des circonstances analogues aujourd’hui, certains pilotes -peut-être même tous, haïraient un tel rival, tenteraient l’irréparable pour s’en débarrasser. Moi, j’étais heureux. Dauphin de dieu !

J’ai fait des milliers de tours derrière lui, sage second dans les fumées de mon leader. Au début, j’épiais chacun de ses gestes, je guettais un écart de trajectoire. Je me suis rapidement lassé. Il n’y en a jamais eu. M’entendez-vous : JAMAIS. Je crois qu’il tirait sa redoutable efficacité de la limpidité de son style. Il pilotait plus avec ses pieds qu’avec ses mains : un coup de frein, tard dans le virage pour placer la voiture et aussitôt de retour sur l’accélérateur pour contrôler la dérive et jaillir de la courbe. Économie de mouvements sur le volant, trajectoires simples. Mais il y avait forcément autre chose. Je n’ai jamais osé lui demander quoi. Cela ne se fait pas. Je le regrette un peu aujourd’hui…

Sans doute aurions-nous discuté plus souvent ensemble s’il avait parlé anglais, moi qui ne pratiquais aucune autre langue. Mais seuls l’espagnol et l’italien avaient ses faveurs. Je crois d’ailleurs que cela l’arrangeait. Je l’ai toujours soupçonné de comprendre mieux qu’il voulait nous le faire croire l’anglais et surtout le français pour saisir au vol ce que Jean Behra, son coéquipier chez Maserati, disait à ses mécaniciens !

 

LE DRAME DE SA VIE , NA PAS AVOIR EU D’ENFANT

 

Pareil mutisme trouvait ses racines dans sa personnalité. J’en suis persuadé, il ignorait la peur. Quand nous sommes passés aux combinaisons, lui a continué à piloter en chemisette, pantalon de toile et casque léger. Mais dans la vie, il avait besoin d’une cuirasse pour se protéger des autres. Et la barrière de la langue en était une. Il était d’une humilité, d’une gentillesse -presque d’une timidité- rares chez un champion de cette envergure.

Qu’était-il venu chercher en F1 ? Quels bonheurs y a-t-il trouvé ? L’argent, la gloire, les femmes -elles étaient folles de lui, il a tout eu. Mais je ne l’ai jamais entendu dire qu’il était heureux.

Il avait trouvé en moi le plus loyal des lieutenants. J’étais comme un chien vis à vis de son maître : irrémédiablement fidèle et béat d’émerveillement devant ses performances. Et plus il me battait, plus je l’aimais ! Lui me couvait paternellement du regard. Je le voyais vérifier dans ses rétroviseurs que j’étais bien dans son sillage. Les Grand Prix s’écoulaient ainsi. J’ai appris, peu de temps avant qu’il ne disparaisse, que la grande peine de sa vie avait été de ne pas avoir fondé de vraie famille. Je comprends alors mieux l’amitié qui nous a liés puisque nous avions une génération d’écart. Avec le recul du temps, j’interprète certains gestes de sa part comme de la bienveillance à mon égard . Ainsi, après en avoir longtemps douté, j’en suis sûr aujourd’hui : le Grand Prix de Grande Bretagne que j’ai remporté devant lui à Aintree en 1955 n’était pas ma victoire et encore moins sa défaite.

Nous avions à tour de rôle de contrôle de la course et, alors que je me retrouvais pour la deuxième fois aux commandes, il ne m’a pas attaqué. Il est resté dans mon sillage, à une vingtaine de mètres. Nous avons franchi dans cet ordre la ligne d’arrivée. Je suis persuadé qu’il aurait pu me doubler mais qu’il n’a pas voulu le faire. Cette victoire –la première pour un Britannique dans son Grand Prix national, un événement historique- fut son cadeau. Un don de dieu…

Il nous a quitté le 17 juillet 1995. 46 ans jour pour jour après notre première rencontre. Il venait d’avoir 84 ans. J’étais allé le voir en Argentine quelques semaines avant. Je savais que nous nous rencontrions pour la dernière fois. Il le savait aussi. Notre dialogue s’est limité comme d’habitude à quelques brefs échanges dans un sabir étrange, des poignées de mains et des regards. Il a emporté le secret de sa suprématie avec lui. Dans le fond tant mieux. Il restera ainsi ce qu’il n’a jamais cessé d’être : mystérieux, magique, légendaire. Fangio”.

Sir Stirling Moss

 

Aon Classic Car votre partenaire
assurance voiture de collectionassurance voiture d’exception

assistance voiture de collectionassistance voitures d’exception
renseignements , tarifs , demandes de devis sur www.aonclassiccar.fr
Aon Classic Car, l’assurance est une relation de confiance

 

S'assurer avec
Aon Classic Car
Votre devis personnalisé
Assurance, Assistance :
contrats et tarifs sur mesure