4 août 1956, essais du Grand Prix de Suède « Sport » à Kristianstad. Stirling Moss, circonspect, examine le monstre que l’usine demande à ses pilotes d’essayer. Il s’agit d’un châssis de 350S bricolé à la hâte pour y installer l’énorme V8 4,5 litres imaginé par Bellentani et Colombo. (copyright archives AgrippA mediA /// Fonds Fouqueville d’Orgebrune /// archives RM-Sotheby's)

4 août 1956, essais du Grand Prix de Suède « Sport » à Kristianstad. Stirling Moss, circonspect, examine le monstre que l’usine demande à ses pilotes d’essayer. Il s’agit d’un châssis de 350S bricolé à la hâte pour y installer l’énorme V8 4,5 litres imaginé par Bellentani et Colombo.
(copyright archives AgrippA mediA /// Fonds Fouqueville d’Orgebrune /// archives RM-Sotheby's)


Ce Grand Prix de Suède « Sport » est la première sortie publique de la Maserati 450S inscrite par l’usine comme voiture de réserve (d’où le « T »). Stirling Moss et ses camarades découvrent une brute, difficile à piloter et qui vibre énormément. 3e temps des qualifications, elle ne prend par part à la course. (copyright archives AgrippA mediA /// Fonds Fouqueville d’Orgebrune)

Ce Grand Prix de Suède « Sport » est la première sortie publique de la Maserati 450S inscrite par l’usine comme voiture de réserve (d’où le « T »). Stirling Moss et ses camarades découvrent une brute, difficile à piloter et qui vibre énormément. 3e temps des qualifications, elle ne prend par part à la course.
(copyright archives AgrippA mediA /// Fonds Fouqueville d’Orgebrune)


L’équipe Maserati aux 12 Heures de Sebring 1957. Autour de la 450S que Fangio et Behra vont pour la première fois mener à la victoire (de g. à d.) : Harry Schell, Stirling Moss, Roy Salvadori (chemise ouverte), Giorgio Scarlatti (lunette), Juan Manuel Fangio, Carroll Shelby (accroupi) et Jean Behra. (copyright archives AgrippA mediA /// Archivio Maserati – Bernard Cahier)

L’équipe Maserati aux 12 Heures de Sebring 1957. Autour de la 450S que Fangio et Behra vont pour la première fois mener à la victoire (de g. à d.) : Harry Schell, Stirling Moss, Roy Salvadori (chemise ouverte), Giorgio Scarlatti (lunette), Juan Manuel Fangio, Carroll Shelby (accroupi) et Jean Behra.
(copyright archives AgrippA mediA /// Archivio Maserati – Bernard Cahier)


Sous le capot de la 450S, un V8 4,5 litres. Il est né du projet Tipo 54 que Maserati conservait dans ses tiroirs depuis trois saisons. Initialement conçu pour être un 4,2 litres, sa cylindrée est augmentée. Dès son premier test au banc il a affolé les compteurs : plus de 400 ch. Explosif ! (copyright archives AgrippA mediA /// Fonds Fouqueville d’Orgebrune)

Sous le capot de la 450S, un V8 4,5 litres. Il est né du projet Tipo 54 que Maserati conservait dans ses tiroirs depuis trois saisons. Initialement conçu pour être un 4,2 litres, sa cylindrée est augmentée. Dès son premier test au banc il a affolé les compteurs : plus de 400 ch. Explosif !
(copyright archives AgrippA mediA /// Fonds Fouqueville d’Orgebrune)


Courant 1957, dans l’atelier de Maserati Corse à Modena, les monoplaces 250F de F1 font face aux 350S et 450S du championnat du monde des Marques. Les premières vont remporter le titre mondial avec Fangio, les secondes échoueront lors de la dernière course du championnat, à Caracas. (copyright archives AgrippA mediA /// Fonds Fouqueville d’Orgebrune)

Courant 1957, dans l’atelier de Maserati Corse à Modena, les monoplaces 250F de F1 font face aux 350S et 450S du championnat du monde des Marques. Les premières vont remporter le titre mondial avec Fangio, les secondes échoueront lors de la dernière course du championnat, à Caracas.
(copyright archives AgrippA mediA /// Fonds Fouqueville d’Orgebrune)


Fin 1957, les Maserati 450S sont mises à la retraite forcée : le règlement a changé, elles n’ont plus leur place en championnat du monde des Marques. Quelques unes sont acquises par des clients américains et vont continuer une carrière de l’autre côté de l’Atlantique dans le championnat US. (copyright archives AgrippA mediA /// Fonds Fouqueville d’Orgebrune)

Fin 1957, les Maserati 450S sont mises à la retraite forcée : le règlement a changé, elles n’ont plus leur place en championnat du monde des Marques. Quelques unes sont acquises par des clients américains et vont continuer une carrière de l’autre côté de l’Atlantique dans le championnat US.
(copyright archives AgrippA mediA /// Fonds Fouqueville d’Orgebrune)


MASERATI 450S :
LE COUP DE BAZOOKA

LA MASERATI 450S EST L’UNE DES PLUS FABULEUSES –ET DES PLUS RARES- BARQUETTES "SPORT" DE L’HISTOIRE DU CHAMPIONNAT DU MONDE DES MARQUES. DÉCOUVREZ L’HISTOIRE DE CETTE MONSTRUEUSE AUTO QUI IMPRESSIONNAIT AUSSI BIEN LE PUBLIC, SES ADVERSAIRES... QUE SES PILOTES !

Dans l’histoire de Maserati, les barquettes constituent une prestigieuse lignée qui a permis à la marque, de 1955 à 1959, de courir en Endurance et de disputer le championnat international « Sport », officiellement ou à travers des écuries privées, à une époque où cette catégorie avait plus de prestige que la Formule 1. Construites à dix exemplaires, les 450S représentent la quintessence des « Voitures de Sport » de la marque.
La série des « S » (pour « Sport ») a commencé en 1955 avec deux versions de barquettes biplaces : d’un côté les grosses cylindrées, les 300S, équipées d’un six cylindres en ligne de 3 litres, engagées par l’usine et par les grandes écuries privées pour jouer la gagne dans les épreuves du championnat du monde, et de l’autre les « petites » 150S, dotées d’un quatre cylindres de 2 litres et plus spécialement destinée aux gentlemen drivers.
Saison après saison, Maserati améliore ses châssis et la puissance de ses moteurs afin de conférer à ses barquettes des niveaux de performances leur permettant de défier leur principal adversaire dans la conquête du titre mondial : Ferrari. 4e en 1955, 2e en 1956, 2e en 1957 à cinq points seulement de la Scuderia, 4e en 1959. Le coup passe souvent très près, le chapeau vacillera, mais sans tomber. La firme au Trident ne parviendra jamais à décrocher la couronne tant convoitée. Un échec qui sera lourd de conséquence pour la marque qui y engloutira en pure perte le peu d’argent dont elle disposait encore –seule la défaite coûte cher.

Cette adversité la poussera cependant à produire parmi les plus beaux Prototypes jamais conçus pour cette discipline.

 

LES DIX DERNIÈRES PLUS BELLES MASERATI DE LA SÉRIE “S”

 

99 barquettes de sport vont naître en cinq saisons, de 1955 à 1959, dans les ateliers de Modène, carrossées par Maserati, mais surtout par Fantuzzi et les Stabilimenti Celestino Fiandri et Duilio Malagoli. La production, selon les chiffres que nous a communiqués pour les besoins de cet article Ermanno Cozza, la mémoire vivante de Maserati (il y est entré en 1951 et continue à être un très actif conseiller du département « Classiche » de la marque), s’établit comme suit : 25 150S, 28 200S et 200SI, 6 250S, 27 300S, 3 350S et, pour finir, 10 450S, la dernière évolution de la lignée.

La Maserati 450S est une voiture monstrueuse, capable de vitesses maximales supérieures à 300 km/h avec sa motorisation « standard » de 1957 : le V8 de 4,5 litres de cylindrée. Au volant des voitures confiées par l’usine à quelques-uns des plus brillants pilotes de l’époque (Fangio, Behra, Moss, Schell), Maserati va pourtant échouer (de peu) cette année-là dans sa tentative contre le titre. La voiture, elle, gagnera cependant au fil de la saison une réputation de « bestia », donc les rugissements du huit cylindres en échappements libres impressionnaient aussi bien les spectateurs, les adversaires… que ses propres pilotes !
L’histoire de cette voiture monstrueuse et de sa conquête impossible commencent en 1955. Cette année-là, Maserati décide d’offrir une descendance aux vieillissantes barquettes A6 GCS, désormais dépassées. Naissent ainsi les 150S et 200S, puis les 250S, 300S et enfin 350S.

Mais, malgré le talent de l’ingénieur châssis Valerio Colotti et des motoristes Vittorio Bellentani et Gioacchino Colombo (passé de Ferrari à Maserati en 1952), il manque en permanence quelques longueurs au Trident pour transformer ses nombreuses victoires en titre. Comme c’est parfois le cas, la petite histoire va cependant donner un coup de pouce à la grande…

Début 1956, un riche italo-américain, promoteur immobilier de son état, grand amateur de voitures de courses italiennes qu’il confie à de jeunes talents, s’attarde un peu plus que de coutume à Modène lors d’une de ses visites chez Maserati. Antonio « Tony » Parravano voudrait que Maserati lui construise un gros moteur qu’il souhaite installer dans un châssis américain Kurtis Kraft afin de l’engager aux 500 Miles d’Indianapolis.

Maserati accepte ce « commissionnement » et ressort de ses cartons un projet de V8 datant de 1954, baptisé « Tipo 54 ». Le Tipo 54 est un moteur de 4,2 litres dont la puissance théorique approche les 400 chevaux. Maserati construit un premier bloc selon ses spécifications de 1954 (4200 cm3 ou déjà 4500 cm3, ce n’est cependant pas clair), et convainc Parravano de modifier ses plans : ce bloc testé sur le banc de Maserati par les responsables des essais, l’ingénieur Reggiani et son assistant Ermanno Cozza, délivre les 400 ch prévus et mérite d’être installé dans une barquette « Sport » au lieu d’une monoplace destinée à Indy 500.

 

UNE BOMBE DANS UN CHÂSSIS BRICOLÉ

 

Débute alors la valse des châssis et de leurs numéros qui complique aujourd’hui l’identification des 450S -remplissant souvent de perplexité les responsables de Maserati Classiche eux-mêmes devant la complexité des documents subsistant dans les archives de la marque.

L’histoire des 450S débute au mois de mai 1956 quand Maserati « sacrifie » un châssis de 350S (le n°3501), que les mécaniciens rallongent et renforcent pour y installer le nouveau gros V8 à la place de son six cylindres en ligne. La voiture reçoit immédiatement la dénomination de 450S (châssis frappé du n°4501), et participe aux essais Grand Prix de Suède le 4 août. Aux essais seulement car, en raison d’importantes vibrations dues semble-t-il à un ordre d’allumage incorrect du V8, la voiture est dispensée de revenir participer à la course le 12 août malgré une excellente troisième place sur la grille de départ.

Des essais privés se poursuivent à Modène à l’automne tandis qu’un nouveau châssis est construit, frappé lui aussi du numéro 4501. Un V8 dont la cylindrée a été portée à 4,5 litres y est installé et l’auto est envoyée en Argentine, sur le circuit de la Costanera Norte, pour y disputer le 20 janvier 1957 les 1000 km de Buenos Aires aux mains de Juan Manuel Fangio et de son jeune coéquipier Stirling Moss. Le pilote argentin qui, une semaine plus tôt, a remporté le Grand Prix de F1 au volant de sa Maserati 250F (sur l’autre circuit de la ville, « l’Autódromo Municipal »),  fait un estival aux essais : il décroche la pole position 2,3 secondes plus vite que la meilleure Ferrari sur le très rapide tracé de 3,912 km ! Époustouflé par la voiture, monstrueuse, surpuissante, Fangio la surnomme le « Bazooka » ! En course, ils roulent en tête jusqu’au 57e tour, puis abandonnent en raison d’une défaillance de leur embrayage qui s’use trop vite, peinant à transmettre du moteur aux roues toute la puissance disponible. Devant la démonstration du potentiel, Maserati lance alors la fabrication de plusieurs châssis que l’usine engage en championnat du monde « Sport » sentant enfin le titre à sa portée (un châssis, n°4502, est lui livré à Parravano pour ses courses dans le championnat américain).

 

LE CHAMPIONNAT DU MONDE EN LIGNE DE MIRE

 

La première victoire intervient dès la deuxième épreuve du championnat du monde, les 12 Heures de Sebring, le 23 mars 1957 (Juan Manuel Fangio, Jean Behra, châssis n°4503). Mais le 10 mai suivant, lors des essais de la troisième manche, les Mille Miglia, Behra est victime d’un accident et endommage très fortement le châssis 4501. La seule 450S inscrite au départ de la course le 12 mai est celle du duo Stirling Moss-Denis Jenkinson (numéro de course 537). Les autres voitures officielles étant, soit des 300S, soit des 350S. Moss abandonne… à la suite de la rupture de sa pédale de freins !

Aux 1000 km du Nürburgring le 26 mai, l’équipe Maserati officielle arrive avec trois voitures, (deux 450S, une 300S), mais seule la 300S termine la course, des problèmes techniques contraignant les 450S à se retirer. La série noire continue : aux 24 Heures du Mans en juin, les deux Maserati 450S engagées (une barquette pour Jean Behra et André Simon, et une étonnante version carrossée en gros coupé par Zagato confiée à Stirling Moss et Harry Schell) ne voient pas l’arrivée. L’épreuve est de toutes façons totalement dominées par les Jaguar Type D.

Au Grand prix de Suède le 11 août en revanche, Jean Behra et Stirling Moss avec leur 450S châssis n°4503 font un festival : pole position, record du tour et victoire avec un tour d’avance sur la première Ferrari officielle. Les deux écuries sont au coude à coude. Le titre va se jouer lors de la septième et dernière manche de la saison, les 1000 km de Caracas en novembre.

Trois 450S y sont inscrites (deux officielles, une privée), ainsi que plusieurs 200S et 300S privées et officielles. Hélas pour Maserati, ce qui pouvait être un triomphe se transforme déroute. L’or se change en plomb.

Qualifiées en pole position, plus rapides en course que les Ferrari, les trois Maserati 450S sont victimes d’accidents ! Et les 300S ne sont pas de taille à résister aux Ferrari 335 Sport et 250 TR. Pour cinq petits points, Maserati laisse échapper une couronne mondiale qui lui semblait promise. Fin 1957, la Commission Sportive Internationale (la CSI, l’ancêtre de la Fédération Internationale de l’Automobile), modifie son règlement et limite désormais la cylindrée des « Sport » à 3 litres. Après une saison seulement, la carrière internationale de la 450S est donc terminée. Une saison et seulement dix châssis construits (ainsi que nous l’a confirmé Ermanno Cozza). Les voitures survivantes vont pour certaines entamer des carrières en championnats nationaux –avec de jolis succès notamment aux Etats-Unis. Les autres seront définitivement remisées

La 450S, la plus flamboyante des barquettes Maserati de la lignée des « S », aura donc traversé l’Histoire de manière bien fugace. Dommage ! Après cette saison d’essais, débarrassée de ses problèmes de jeunesse –Maserati n’avait plus les moyens de la développer en dehors des week-ends de course, elle aurait été la favorite pour le titre mondial des Marques 1958. Ce titre que Maserati jamais ne décrocha…

 

 

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