Une 203 Darl'mat Spécial au Concours d'Elégance d'Enghien en 1953. (copyright archives AgrippA-mediA /// Amicale Darl'mat)

Une 203 Darl'mat Spécial au Concours d'Elégance d'Enghien en 1953.
(copyright archives AgrippA-mediA /// Amicale Darl'mat)


La couverture du dépliant publicitaire de Darl'mat pour la 203 Special. (copyright archives AgrippA-mediA /// archives Amicale Darl'mat)

La couverture du dépliant publicitaire de Darl'mat pour la 203 Special.
(copyright archives AgrippA-mediA /// archives Amicale Darl'mat)


Une photo de la Peugeot 203 Darl'mat Special réalisée pour le catalogue publicitaire 1950. (copyright archives AgrippA mediA /// archives Amicale Darl'mat)

Une photo de la Peugeot 203 Darl'mat Special réalisée pour le catalogue publicitaire 1950.
(copyright archives AgrippA mediA /// archives Amicale Darl'mat)


La concession Peugeot Darl'mat au 35 rue Malar dans le 7ème arrondissement de Paris. (copyright archives AgrippA mediA /// archives Amicale Darl'mat)

La concession Peugeot Darl'mat au 35 rue Malar dans le 7ème arrondissement de Paris.
(copyright archives AgrippA mediA /// archives Amicale Darl'mat)


Cette vue de profil de la Peugeot 203 Darl'mat Special met en évidence le travail sur les suspensions. (copyright archives AgrippA mediA /// archives Amicale Darl'mat)

Cette vue de profil de la Peugeot 203 Darl'mat Special met en évidence le travail sur les suspensions.
(copyright archives AgrippA mediA /// archives Amicale Darl'mat)


PEUGEOT 203 DARL’MAT
LA LIONNE QUI SORTAIT SES GRIFFES

UNE PEUGEOT DANS VOTRE GARAGE, ET À QUATRE PORTES ENCORE !?
VOUS N'Y PENSEZ PAS ! ET POURTANT...
POURTANT, DANS LES ANNÉES CINQUANTE, CETTE PEUGEOT DARL’MAT SURBAISSÉE EST LA VOITURE DE L'ÉLITE. ELLE COÛTE D'AILLEURS DEUX FOIS LE PRIX D’UNE 203 DE SÉRIE. MALGRÉ CELA, LE CONSTRUCTEUR PARISIEN NE PARVIENT PAS À FOURNIR À LA DEMANDE ! DÉCOUVREZ POURQUOI ILS FONT LA QUEUE POUR S'OFFRIR SA PEUGEOT 203 DARL’MAT SPÉCIAL.

La 203 Darl‘mat Spécial a l’air de ce qu’elle est : une voiture originale, atypique, bien différente de la paisible Peugeot à partir de laquelle elle est construite. Berline familiale, elle ? Regardez sa calandre d’américaine, les habillages d’aluminium, les dérives sur les ailes, les joncs de carrosserie, la nervure sur le coffre. Ce n’est pas du clinquant, c’est du brutal, du viril, à environ (il n’y a pas de tarif précis et chaque voiture est « à la carte ») 1 million de francs pièce (soit environ 27.000 euros de 2016). Une somme exorbitante quand on sait que la firme de Sochaux facture en 1950 son modèle « Luxe » 492.000 francs (l’équivalent de 13.500 euros actuels).
Pour un million, vous pouvez presque vous acheter à l’époque une Hotchkiss, une Talbot-Lago, ou pratiquement deux Tractions 15-Six (580.000 francs au catalogue du Salon de 1949 ) ! Alors pourquoi une Darl’mat Special ? Parce qu’en cet immédiat après-guerre où l’industrie automobile de l’Hexagone peine à produire le strict nécessaire, elle est la seule petite berline sportive française. Dans les catalogues de Citroën, Peugeot et Renault, rien de comparable. Pour s’encanailler au volant, il faut aller vers les marques installées beaucoup plus haut de gamme. Emile Darl’mat, concessionnaire Peugeot parisien, sait tout cela.
Avant la seconde Guerre Mondiale, il a déjà réalisé sur base de 302 et 402 une série de 104 roadsters, cabriolets et coupés « Spécial Sport », magnifiquement dessinés par Georges Paulin et carrossés par Marcel Pourtout. Mais dans la France de l’après-guerre, ce luxe n’est plus de mise.

 

CARROSSERIE FLUIDE ET LUXUEUSE, MOTEUR GONFLÉ

 

Peugeot, en constructeur moderne, est passé en 1948 avec la 203 de voitures à châssis et carrosseries indépendants à des modèles monocoques -et les grands constructeurs français adoptent tous peu à peu cette solution. Les carrossiers indépendants ont donc perdu leur matière première : ces ensembles châssis-moteur qui leur était livrés nus par des clients fortunés afin qu’ils les habillent à leurs goûts. Avec les monocoques, le châssis c’est la carrosserie. Les grands couturiers de l’automobile voient soudain leur champ d’action se réduire, contraints de limiter l’exercice de leur art à de simples retouches –ce qui va précipiter leur disparition. Seuls les motoristes peuvent encore tirer leur épingle du jeu.
L’ultra-luxe de la carrosserie française indépendante est aussi en déclin car la France est exsangue. Ceux qui ont fait fortune entre 1940 et 1945 évitent de l’afficher et, pour la France laborieuse, le peu d’argent disponible passe dans les dépenses de première nécessité. On se nourrit, on s’habille, on se loge : l’automobile passe après. Elle est considérée comme un outil, pas encore comme un plaisir. Le marché de la grande berline ou de la sportive haut de gamme est quasi-inexistant. En revanche, un nouveau modèle comme la 203 est une excellente base pour ce que nous appelons aujourd’hui la « préparation », la « customisation ».
Coque autoporteuse, essieu rigide à l’arrière, direction à crémaillère, freins à commandes hydrauliques, elle est dotée d’un quatre cylindres en ligne « supercarré ». Ce terme indique que les cylindres sont équipés de pistons dont le diamètre est supérieur à leur course (ce qui permet de rapides montées en régime et offre plus de puissance). Le 1290 cm3 délivre ainsi 42 solides chevaux (45 ch à partir de 1953)… auxquels Emile Darl’mat va offrir des petits frères !

 

IL COUPE LE TOIT ET LE RABAISSE DE 7 CM !

 

Il redessine pour cela les têtes de piston et la culasse pour faire grimper le taux de compression de 6.8 :1 à 7.5 :1 (équivalent à celui du V12 d’une Ferrari 166 Inter contemporaine). Il équipe l’ensemble d’un second carburateur Solex de 32mm, d’une pipe d’admission Nardi et d’un échappement 4 en 1. La puissance passe ainsi à 50 ch (+19% !) qui font franchir à la voiture la barre des 130 km/h, contre un peu plus de 115 km/h pour la version de série. Des chiffres spectaculaires et une carrosserie qui l’est tout autant.
Pour les raisons techniques expliquées plus haut, Emile Darl’mat ne déshabille pas la Peugeot. Il retravaille en revanche tout ce qui peut l’être. Le dessin n’est plus aussi audacieux qu’avant la guerre (Paulin n’est plus au crayon : il a été fusillé par les Allemands en 1942 au Mont Valérien en raison de ses activités dans la Résistance), mais la Spécial est tout de même très typée, loin de la 203 de série. Pour réaliser plus facilement ces modifications, Darl’mat, plus important concessionnaire parisien de Peugeot, a convaincu l’usine de lui livrer les voitures complètes mais non assemblées, et des carrosseries brutes. La métamorphose s’opère au premier étage de sa concession du VIIe arrondissement de la capitale.
Le travail touche toute la structure de l’auto. Pieds-milieux et montants sont raccourcis pour abaisser le pavillon de 7 cm. Les flancs du capot subissent le même sort pour plaquer celui-ci au plus près du moteur. La malle arrière est redessinée et parée d’une fine dérive centrale. Les ailes sont retouchées : élargies à l’arrière et masquant désormais les roues, passages de roues revus à l’avant. Ces changements radicaux vont jusqu’au remplacement des vitres, pare-brise et lunette arrière. La finition de la carrosserie est généralement métallisée. Côté suspensions, la lame transversale avant est inversée et complétée par deux lames inférieure et supérieure, tandis qu’à l’arrière les ressorts hélicoïdaux sont coupés et retrempés.
L’autre singularité de la préparation Darl’mat est la généreuse utilisation d’aluminium. Dans l’immédiat après-guerre, l’emploi de cet alliage est considéré comme un luxe. Dès l’ouverture des hostilités, il a été réservé au secteur de l’armement, en particulier à l’aviation, qui en a privé toutes les autres industries. La fin des hostilités le rend disponible pour un usage plus pacifique. L’aluminium est l’une des armes de la victoire. Il est chic et « tendance ». En brillant ou poli-mat, la 203 Spécial en est abondamment paré : grille de calandre, baguettes latérales, crête sur les ailes, pare-pierre, des accessoires utiles autant que décoratifs, tous fait-maison.

 

11 VOITURES SEULEMENT ONT SURVÉCU

 

Derniers signes distinctifs, le bouchon d’essence dissimulé dans le coffre et les clignotants fixes au lieu des sémaphores (qui équiperont la voiture de série jusqu’en 1956), que le raccourcissement des montants arrière empêche de réutiliser. Les acheteurs renoncent enfin généralement au toit ouvrant dont les modèles de série sont souvent équipés car sa présence abaisse le ciel de pavillon de 5 cm supplémentaires.
L’intérieur des voitures est traité avec le même soin : assises et dossiers de sièges en cuir, nouveaux panneaux d’habillage des portières. Certaines voitures étaient dotées d’une instrumentation réalisée par l’équipementier Taupin avec un gros compte-tours placé face au conducteur et deux cadrans ronds. Ces variantes restent cependant rares. Les clients conservaient généralement les compteurs de série, ajoutant parfois un compte-tours à gauche parfaitement intégré au tableau de bord, le tout souvent complété par un volant Quillery. Il n’y avait aucune règle, pas de tarif fixe non plus. Et pour cause : chaque client composait en effet sa Darl’mat à la carte. « Préparation, équipement, finition, on peut presque dire qu’il y a ainsi eu autant de Darl’mat différentes qu’il y a eu de clients ! », explique avec passion Philippe Boulay, collectionneur très érudit et pilier de l’Amicale Darl’mat. « Mécaniquement, vous pouviez faire monter une boîte électromagnétique Cotal, un compresseur Constantin, des carburateurs Weber au lieu des Solex. Quant aux finitions, tous les caprices étaient pris au sérieux. On connaît même un exemplaire de 203 Spécial dont le tableau de bord a été terminé avec de la peinture vermiculée, comme les voitures de course de l’époque ! ».
En 1952, Darl’mat va encore plus loin et propose une version du moteur réalésé à 1467 cm3. Ainsi retravaillé, il délivre 60 ch et propulse la 203 à plus de 160 km/h –sauf si vous choisissez des rapports de pont courts et préférez l’accélération à la vitesse de croisière. Pour les plus gourmands, il existe une version équipée d’un compresseur Constantin. Le bloc lâche alors 80 ch… mais les sabots de la cavalerie font des trous dans les têtes de pistons !
Au total, de 1949 à 1954, Darl’mat va produire cent-vingt 203 Spécial (dont deux cabriolets), qui adoptent les évolutions du modèle de base (notamment la lunette arrière élargie à partir de l’automne 1952, année-modèle 1953). L’Amicale Darl’mat a recensé aujourd’hui 11 survivantes, une douzième est en cours d’identification.

POUR EN SAVOIR PLUS…
.L’essai de la Peugeot 203 Darl’mat Spécial
.La fiche technique et les performances de la Peugeot 203 Darl’mat Spécial
.Le portrait d’Emile Darl’mat et l’histoire des Peugeot Darl’mat

 

Si l’histoire d’Emile Darl’mat ou de ses modèles vous intéressent, contactez l’association des amis de la marque par email sur :
amis.darlmat@wanadoo.fr

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